La ligne du Tonkin attaquée par des Français
ACCUSATIONS Une association savoyarde soupçonne le Valais et la Suisse de vouloir réactiver le train entre Saint-Gingolph et Evian pour transporter des marchandises lourdes et dangereuses. «Faux», répondent les autorités des deux côtés de la frontière.
L'ADHEPE, une petite et nouvelle association de riverains savoyards, fustige le projet de relance du trafic sur la portion française du Tonkin, ligne ferroviaire fermée depuis une dizaine d'années à la frontière gingolaise. Elle a même lancé une pétition contre le transport de fret lourd par rail.
Pour faire face à cette fronde, début septembre l'association Sauvons Le Tonkin (SLT) a renforcé son comité en y ajoutant deux vice-présidents. A savoir, côté suisse, la députée valaisanne et présidente de Port-Valais Margrit Picon, et sur France le président de la communauté de communes du canton d'Evian et maire de Neuvecelle Louis Durel.
SLT a beau répéter que le scénario d'un transport important de marchandises n'a aucune chance de voir le jour. Tout au plus s'agira-t-il de voyageurs et fret léger régional, comme le confirme Margrit Picon. Qu'importe, les adversaires du rail craignent le pire. «Nous ne sommes pas une poubelle! Il faut conserver la souveraineté française sur cette voie. Car si la Suisse finance en majeure partie la remise en état de la ligne ferroviaire, elle aura forcément davantage de revendications», estime l'ADHEPE, présidée par Agnès Deroudilhe. Créée l'an dernier, cette association pour la défense des habitants de l'est du Pays d'Evian multiplie les prises de position dans la presse savoyarde pour fustiger le projet de réouverture de la ligne ferroviaire du Tonkin entre Evian et Saint-Gingolph. Et accessoirement taper sur la Suisse, le Valais et Genève.
«Valais pas impérialiste!»
A Sion, le délégué aux transports de l'Etat du Valais, Nicolas Mayor, corrige le tir avec humour: «Nous ne sommes pas des impérialistes. Il s'agit de collaborer via un partenariat pour ce projet qui reste franco-français. La Suisse ne veut pas commander du tout, mais simplement aider ses voisins puisque nous sommes intéressés par cette connexion ferroviaire. Ce genre d'accord de participation n'a rien de nouveau et existe déjà avec l'Hexagone du côté de Vallorbe avec l'Allemagne.» La seule participation valaisanne prévue pour l'instant concerne le cofinancement d'une étude d'avant-projet pour le Tonkin sur France.
Cette montée aux barricades de citoyens français a de quoi étonner, quand on sait que la réactivation du maillon manquant du Tonkin a le soutien de nombreux habitants, de la Région Rhône-Alpes, du canton du Valais et d'élus locaux des deux pays.
Autoroute irréaliste
L'ADHEPE n'en a cure. Sa solution: privilégier la route au rail. En construisant une toute nouvelle voie routière rapide entre Thonon et la future Transchablaisienne suisse. Comment? En passant carrément par-dessus les villages de Lugrin, Touronde, Locum, Bret et Meillerie. Ce dernier village devant être inclus dans un cadre de défense du patrimoine.
Appui valaisan
L'association Sauvons Le Tonkin se dit outrée par les affirmations à l'emporte-pièce de l'ADHEPE. «Visiblement, l'ADHEPE ne connaît pas le dossier et mélange tout. C'est n'importe quoi», s'exclame le Gingolais Benoît Grandcollot, président de SLT. «L'autoroute proposée n'a aucune chance de voir le jour: nous estimons son coût à 2,5 milliards de francs suisses.»
A l'Etat du Valais, pour Nicolas Mayor, «il ne s'agit pas d'opposer le rail et la route, mais de conjuguer les deux modes de transport. Nous sommes favorables à la réactivation de la ligne du Tonkin, ainsi qu'à l'amélioration de la liaison transfrontalière par la route.» Et M. Mayor de préciser qu'en France voisine une étude routière conjointe est en cours, mais uniquement pour l'évitement de Saint-Gingolph.